Océane

Gérard avait acheté du saumon et m’invitait à le partager dans le foyer d’urgence situé dans les hauteurs de Nice. Cela faisait 2 semaines que nous logions là. Deux semaines à devenir peu à peu inséparables.
Vanessa et sa gamine de 3 ans au ventre gonflé, s’incrustaient à la table de la cuisine commune…

Elle venait de débarquer la veille et avait essayé de nous faire chialer en racontant sa vie. Toute une soirée à l’entendre débiter une logorrhée de contradictions avait suffit à nous faire notre opinion.

Elle et son imposant postérieur préparèrent le repas de sa môme : trois yaourts au chocolat « Elle adore ça ! » disait-elle. Ouais… Les produits laitiers c’est bon pour la croissance…

La gamine était crade et pleurait de fatigue.

Comme une starlette en mal de reconnaissance, Vanessa jacassait tout en faisant lécher la cuillère de fausse Danette à sa fille.

– Je descends voir Naïma, tu peux me la garder cinq minutes ? Maman revient océane.

– Ok, mais pas longtemps, ta gamine a l’air crevée.

Médusé, je regarde Gérard qui me voit à peine, quelques jours auparavant, il m’avoua que d’ici cinq piges il serait aveugle. Mais Gérard était un jeune homme qui savait tenir une maison. Blasé, sans un mot, il se lance dans la vaisselle.

La gamine chiale et elle pue vraiment.

Je fume une clope pour réfléchir.

Je veux la prendre sur les genoux, lui faire un câlin, mais son odeur est repoussante.

Sa mère ne remonte pas.

Merde! J’appelle Isabelle la nana de Gérard et lui demande de me suivre.

J’embarque le colis sous les aisselles et le pose dans la douche.

Son visage s’illumine aux premières gouttes d’eau. Emerveillée est le mot qui convient.

Pendant qu’Isabelle commence à la savonner, nous entamons une comptine.

En attendant que la douche de la petite se termine, j’inspecte les joints du carrelage 30 secondes, sors de la salle de bain, tourne et vire dans le couloir et continue à chanter suffisamment fort pour que Gérard reprenne la chanson à son tour.

La gamine est apaisée. 5 Minutes de douceur avec une furieuse envie de l’adopter.

Océane s’endormit dans son lit, pendant que Gérard et moi, depuis la cuisine, guettions sa mère comme deux vieilles harpies, mentons en avant, prêtes à cracher la bile. Vanessa ne remontait pas, trop défoncée à je ne sais quoi.

Après huit clopes roulées et constatant que nous étions à court de feuilles, nous décidâmes de ramener Vanessa en la trainant par les cheveux. Ce que nous fîmes, en silence.

2 Comments on “Océane

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